Cécile Bouffard
Stuck Stuck Stcuck 



October 2017
Artist ‘s commission

A tall and slender figure, a haughty head topped with a turban, svelte curves effortlessly accentuated to emphasize a profile predisposed to fuss, standing apart, and nonchalant. Undeniably tasteful, carefully arranged gray and beige draperies. All in three light, rather feminine flesh tones with a peachy softness - if we dared to touch this disconcerting material. Yet, there is an unnatural aloof stiffness here and, over there, a squirming that is too suspicious to go unnoticed and, further down, a position that looks more like an escape or an embarrassed stumbling, than idle lounging. But, can a sculpture be said to have soft skin? And that this one lacks ease, appearing so precisely stuck?

Cécile Bouffard's sculptures are all part of a drama whose roles have been unfairly distributed, a tragedy that involves the exhibition space which has become a film or burlesque theater stage. Stemming from a shift in meaning and a combination of figures from a popular fantasy of celebrity, they exude the evocative power of decoration and symbolism, deprived of any functional role. Distant prominent figures of the naval world, power icons sailing beyond the waves, or ancient caryatids, young girls and supporting elements of entablatures won over by the ornamental. With their stylized curves, they even evoke certain allegorical representations of Fortune, an embodiment of luck or its reverse, as much as of fate and chance.

These pared-down figures, appearing minimalist and far from their figurative referents, here, however, represent “after action” sketches; of pending or past situations, of a time that is at once "too late" but inevitable. For there is clearly trickery of the material, a dubious fondness for artifice. The velvet skin conceals a covered and lacquered wood until its true nature disappears. The  triumphant draperies of younger years have been tightened somewhat. They have become dressings, bandages, masks, silicone or latex prostheses, extensions of the Self rather than finery. A few nails here and there, camouflage beauty spots, relics of a forgotten cult of beauty, acting as a support for sagging skin, but mostly signifying that the real sting comes from the eye. A change of codes, a surprising loss of use, only a temporary favor, and suddenly, disinterest creeps into her peers’ gaze. And everyone else’s. Totems of fallen glory, out of fashion but not lacking in elegance, these sculptures are meditations on the passage of time, the social game of representations, and the futility of appearances that are yet so necessary.

They transform an allegory from the past into simple everyday materials. In the meantime, it is a case of putting on a good face, of giving thanks to the old-fashioned charm of gestures that are wearing thin. The show must go on.

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Cécile Bouffard
Coincée, coincée, coincée


Une silhouette longue et élancée, un port de tête altier coiffé d’un turban, des courbes souples accentuées sans effort pour souligner un profil enclin à la minauderie, une étendue à l’écart, désinvolte. Des drapés gris et beige d’un goût certain, ajustés avec soin. Le tout dans des tons de corps clair au nombre de trois, plutôt féminins, d’une douceur de pêche - si nous osions toucher - tant la matière est troublante. Pourtant, il y a là, une rigidité contre nature et distante, ici un tortillement trop suspect pour de pas être en attente d’attention et, plus bas une position qui est davantage celle d’une échappée, d’un trébuchement gêné, que du prélassement. Mais, peut-on dire d’une sculpture qu’elle a la peau douce? De celle-ci, qu’elle manque d’aise et semble si justement coincée?

Les sculptures de Cécile Bouffard sont ici les éléments d’une dramaturgie dont les rôles auraient été injustement répartis, d’un drame incluant l’espace de l’exposition devenu scène de film ou de théâtre burlesque. Issues d’un glissement de sens et d’une synthèse de figures appartenant à un imaginaire populaire de la célébrité, elles exhalent la force évocatrice du décoratif et du symbole, privés de tout rôle fonctionnel. Lointaines figures de proue du monde naval, emblèmes de puissance voguant hors des flots, ou cariatides antiques, jeunes filles, éléments de soutien d’entablement conquis par l’ornemental. Dans la courbure stylisée, elles évoquent même certaines représentations allégoriques de la Fortune, expression de la chance ou de son inverse, autant que du destin et du hasard.

Ces personnages épurés, d’allures minimalistes, éloignés de leurs référents figuratifs, sont pourtant ici des esquisses “d’après l’action”; de situations en attente ou dépassées, d’un temps à la fois “trop tard” mais inévitable. Car il y a clairement tromperie sur la matière, un goût douteux de l’artifice. La peau de velour cache un bois recouvert et laqué jusqu’à faire disparaître sa véritable nature. Les drapés triomphants de la première jeunesse sont quelques peu resserrés. Ils sont devenus bandages, pansement, masques, prothèses de silicone ou de latex, prolongement de soi plutôt que parure. Quelques clous ici et là, des mouches cache-misère, vestiges d'un culte de la beauté oublié font office de soutien pour la peau qui se détend, mais signifient, surtout, que ce qui pique, c'est avant tout le regard. Un changement des codes, un abandon de l’usage inattendu, une faveur seulement de passage et, soudain, le désintérêt s'insinue dans le regard de ses pairs. Et de tous les autres. Totems à la gloire déchue, passés de mode mais non dénués d’élégance, ces sculptures sont des méditations sur le temps qui passe, le jeu social des représentations, la futilité des apparences pourtant si nécessaire.

Elles transposent une allégorie d’un autre âge pour l’inscrire dans une simplicité quotidienne des matériaux. En attendant, il s’agit de faire bonne figure, de rendre grâce au charme suranné des gestes qui s’épuisent. The show must go on.

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