Cécile B. Evans



Exhibition catalogue
Co-workers, the network as artist,
Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
Paris, 2015
In french


Artiste vidéo et performeuse, Cécile B. Evans privilégie les processus créatifs qui suscitent des interactions. Confrontant souvent dans ses vidéos un avatar ou un algorithme à une situation de rencontre – simulée ou réelle –, elle interroge la valeur des émo- tions dans la société contemporaine et les répercussions de plus en plus importantes des technologies numériques sur la manière de communiquer, de ressentir, de percevoir et d’être. Elle s’intéresse ainsi à la façon dont des émotions sont transmises à un dispositif et observe comment certains aspects de la conscience ou de l’intelligence peuvent survivre sous une forme numérique. Dans son installation vidéo Hyperlinks or It Didn’t Happen (2014), un narrateur nommé Phil se présente comme un double de l’acteur disparu Philip Seymour Hoffman, dont une modélisation numérique a été réalisée post mortem pour le lm Hunger Games 4. Dans une autre installation, le « spambot » Agnes (2013) vit, agit et discute avec les internautes sur le site de la galerie Serpentine, en abordant des questionnements existentiels.

Le projet Working on What the Heart Wants (2015) met en scène Hyper, ou Hyper Media, une société toute-puissante qui a atteint un stade d’évolution supérieur par sa capa- cité illimitée de collecte et de stockage d’informations. Devenue omnisciente grâce à la quantité de données accumulées, elle est incarnée par un personnage féminin dont la personnalité s’inspire de la vie et de l’entourage de Martine Rothblatt 1. Projet évolutif à long terme, Hyper met en œuvre des modes de production personnels et col- laboratifs, convoque de multiples médias et se décompose en plusieurs étapes.

Ce projet donnera lieu à une installation vidéo qui sera exposée lors de la Biennale de Berlin en 2016 et qui racontera l’histoire d’Hyper sous la forme d’un documentaire « autobiographique » inspiré de sociétés existantes liées aux nouvelles technologies et au numérique. Combinant animations en trois dimensions, séquences vidéo réa- lisées par l’artiste ou trouvées sur Internet, ainsi qu’une bande-son originale, la vidéo nale présentera une chronologie de l’évo- lution d’Hyper et du monde qu’elle a créé autour d’elle. Elle dévoilera également une galerie de personnages affectés par son succès et son développement. L’installation vidéo présentée dans l’expo- sition constitue la première phase de ce projet. Une plateforme de coworking composée de multiples écrans montre le processus numérique de création du per- sonnage d’Hyper et de l’univers dans lequel elle évolue. Dispositif ré exif incarnant un idéal de transparence, il délivre un flux d’informations en temps réel qui révèlent le fonctionnement et l’organisation d’une nouvelle force de travail, née de l’utilisation de différentes méthodes de soustraitance – via des sites Internet tels que Freelancer et Behance – qui permettent de faire appel à des professionnels indépendants ayant toutes sortes de compétences.

L’écran central diffuse images, études écrites et essais de modélisation du per- sonnage d’Hyper. À droite, un autre écran affiche des e-mails et un tchat retraçant toute la correspondance d’Hyper, alors que celle-ci ordonne sa propre création à une équipe de free-lances dispersés dans le monde entier. Un dernier écran montre les « prestations » commandées pour le rendu des espaces en trois dimensions qui maté- rialiseront l’univers dans lequel le person- nage souhaite évoluer.

En parallèle, Cécile B. Evans publie sur son site Web des notes sur les personnages et les scénarios possibles ainsi que ses sources d’inspiration : deux amoureux aux visages dé gurés que le système d’Hyper ne peut identi er ; un groupe d’étudiants prodiges incapables de communiquer affectivement avec les appareils mais qui inventent un nouveau langage ; leur ami, un robot obsolète, qui ne comprend rien à leur discussion ; Agnes et Phil, les pré- cédentes créations de l’artiste rachetées par la société Hyper. Tous ces person- nages dessinent des narrations possibles qui deviennent autonomes avant même la création des premières images.

1. Femme d’affaires américaine, transgenre, fondatrice du mouvement transhumaniste Terasem, qui a fait réaliser, à l’effigie de son épouse, un robot intelligent doté de la parole, nommé « BINA48 ».

exhibitions






Anaïs Lepage is an independent curator and writer based in Paris.

Her research focuses on excesses and secrets in art history in connection with a history of the affects and spiritualities as well as postcolonial and gender studies. Inspired by radical pedagogies and feminist theories, she questions the forms of speech through collaborations, workshops, and a shift in critical, intimate, and performative narrative.


Trained in Art History at the École du Louvre, in Museum Studies at the Université du Québec à Montréal (UQAM), and in Curatorial Studies at the Paris I Pantheon-Sorbonne University, Lepage multiplies experiences in France and abroad.
She started at the Maison Rouge - Foundation Antoine de Galbert in Paris, at the Museum of Contemporary Art in Montreal and, alongside Guillaume Désanges, at the Verrière - Hermès Foundation in Brussels. Then, she worked as assistant curator at the Museum of Contemporary Art in Chengdu, the Museum of Modern Art in Paris, and the Louis Vuitton Foundation.

From 2015 to 2020 she co-founded HEIWATA, a curatorial platform based between Paris, Mexico City, and Toronto. She has developed projects with artists such as Madison Bycroft, Julien Creuzet, Gaëlle Choisne, Ad Minoliti, and Rachel Rose, among others. Recently, she collaborated with AICA International, the CNEAI art center, and the Palais de Tokyo. Since 2019, she teaches exhibition curating at the Sorbonne University



 anais.lepage1[@]gmail.com