Catalogue
~ Rachel Rose



Exhibition catalogue
Co-workers, the Network as artist,
Musée de la Ville de Paris
Paris, 2015

In French.

Les premières installations vidéo de Rachel Rose traitent des relations entre nature et culture, juxtaposant des sources artistiques, scientifiques, technologiques et biolo- giques. L’artiste s’intéresse particulièrement aux états où les notions d’humain, d’animal et de naturel échappent à des dé nitions simples et convenues. Différents univers se croisent dans ses productions : un labora- toire d’ingénierie robotique, une architec- ture expérimentale – la maison de verre de Philip Johnson –, des zoos, des études sur les changements climatiques, la Révolution américaine, la conception d’un parc du XIXe siècle.

La réalisation de ses œuvres résulte d’un processus de recherche associant des matériaux hétéroclites – images trouvées sur Internet, séquences documentaires qu’elle réalise, transposition d’espaces en trois dimensions. Chaque projet est l’occa- sion d’un questionnement philosophique et s’accompagne d’expérimentations cinématographiques : une caméra télé- commandée permet de zoomer au plus près d’éléments éloignés, ce qui donne un caractère physique à l’image (Palisades in Palisades, 2014) ; les contours et les mouve- ments d’une gure lmée en prise de vues réelle sont dèlement retranscrits dans un lm d’animation au moyen de la rotoscopie numérique (A Minute Ago, 2014).

Sa première vidéo, Sitting Feeding Sleeping (2013), est composée comme un collage visuel réalisé à partir du logiciel Adobe Premiere. Elle fait suite à ses recherches sur le concept de « deathfullness », état dans lequel un être est bien vivant tout en ayant le sentiment d’être mort car coupé de ses sen- sations ou de son environnement. L’artiste a visité plusieurs zoos américains, le laboratoire de recherche « Machine Perception Lab » de l’université de Californie, à San Diego, et un laboratoire de cryogénie, dans l’Arizona. Dans cette vidéo, la perte de l’ins- tinct animal, la reproduction des émotions humaines par des machines et le maintien en vie de façon arti cielle sont mis sur un même plan : les extraits documentaires tournés au cours de ce voyage, les cap- tures d’écran d’ordinateur et des vues de peintures iconiques se superposent dans une alternance de rythmes saccadés et de séquences plus contemplatives. Avec une voix dont la tonalité a été corrigée, modulée, rendue légèrement métallique au moyen du logiciel Auto-Tune, l’artiste commente la vidéo avec distance, ce qui accentue l’impression de ottement, entre objectivité et introspection.

L’œuvre se présente ainsi comme une variation sur l’évolution des espèces, la colonisation des espaces naturels, la modification de la vie rendue possible par le progrès technique, l’évolution de la conception et du statut de la mort. Grâce à une écriture filmique à la fois poétique, contemplative et précise, le sens émerge de la confrontation des points de vue, sans donner de réponse unique.