Daniel et Eduardo Torres
Tierradendro



Exhibition catalogue
Le Livre d’art & Drawing Lab, Paris, 2021

Eduardo Otero Torres is an anthropologist. Specialized in the defense of human rights, diversity, gender, feminism, and inclusivity of marginalized groups, he has worked in academia, the private sector, and in the Argentine Ministry of Human Rights and Cultural Pluralism. He is currently a research director at Nodos Consultora.
Eduardo and Daniel Otero Torres are brothers.


ANAÏS LEPAGE: YOU’VE DEVELOPED A DAILY DIALOGUE. HOW DID THAT START?

EDUARDO OTERO TORRES: Those daily exchanges with Daniel started many years ago, probably when the physical distance between us increased after he moved to France and I moved to Argentina. Our conversations include our respective works of art, but also our lives, family and everyday things that are important to us. We don't separate anything.

AL: HOW DO THESE DISCUSSIONS INFLUENCE YOU INDIVIDUALLY?

EOT: These conversations nourish us every day. Daniel has this ability to continuously ask questions about the world around him. Before they turn into works of art, he shares them with his family and friends, a whole network of people. I know I’m one of them too. His work draws on all these conversations and opinions. This often opens up horizons and new questions for him. It is his way of thinking about the way we look at things. That issue is essential for him: who looks, who is looked at, how and from where do we look. And in what way our gaze is reinforced by sometimes unconscious perception biases.

DANIEL OTERO TORRES: Our exchanges let me direct my thoughts and work in certain directions. Like Eduardo said, it’s vital for me to consider the beholder and what kind of view we are trying to achieve, so that it can be materialized in the works. I simply raise questions and open perspectives so people can develop their own critical eye. The challenge is not to create works that express my personal outlook, but that they offer a vision larger than mine, a holistic one, or at least a multilayered and open one, in which the beholder's subjectivity comes into play. I do not want to impose anything. My discussions with Eduardo help me pursue this aim and find an appropriate approach.


AL: COULD YOU SAY MORE ABOUT THE REVOLUTIONARY FIGHTERS AND HOW THEY CAME TO BE?

DOT: Over the course of my research, I have gathered a whole iconography of struggles from various regions around the world. Since our first discussions for creating "Tierradentro" with you, Anaïs, the idea of focusing on the depiction of female fighters took hold. I was also very aware of the complexity of engaging with such a theme. I didn't want to appropriate these stories or struggles, but to create a place where they could appear and exist in a common space, in sync with our time. Eduardo, with his field knowledge of such issues, allowed me to place myself at a distance to let the work exist independently

EOT: Working on battles and revolutions raises the question of how their history has been told so far. How these stories have been geared to serve certain narratives, for example, the military struggle as a very serious thing, a men's affair, with women's involvement being reduced to menial tasks. I think what Daniel is doing here also extends beyond the fight, past those portrayals, in order to shed light on people and aspects that had been made invisible. And even celebrate them. The exhibition is a celebration, a memorial for these women fighters. For Daniel, history is cyclical.
Rather than a reiteration of the same thing, it is a process of ongoing transformation in which conflicts regularly resurface in different places. The issues of power, visibility, and discrimination are continuously addressed. The spirit of revolution, of change, is within each of us. We should recognize and celebrate it.


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Eduardo Otero Torres est anthropologue.  Spécialisé dans la défense des droits humains et de la diversité, les questions de genre, de féminisme et d’inclusion de groupes discriminés, il a travaillé dans le domaine universitaire, privé et au sein du Secrétariat aux droits humains et au pluralisme culturel en Argentine. Il est actuellement directeur de recherche au sein de Nodos Consultora.
Edouardo et Daniel Otero Torres sont frères




ANAÏS LEPAGE : VOUS ENTRETENEZ TOUS LES DEUX UN DIALOGUE AU QUOTIDIEN, COMMENT CELUI-CI S’EST-IL DÉVELOPPÉ ?

EDUARDO OTERO TORRES : Ce dialogue avec Daniel a commencé depuis de nombreuses années, sans doute lorsque la distance géographique s’est accrue entre nous, lui déménageant en France et moi en Argentine. Nos conversations englobent nos travaux respectifs mais aussi nos vies, la famille, ce qui nous anime au quotidien. Nous ne pouvons rien séparer.


AL : DE QUELLES MANIÈRES CES DISCUSSIONS VOUS INFLUENCENT-ELLES RESPECTIVEMENT ?

EOT : Ces conversations nous nourrissent au jour le jour. Daniel a cette capacité de se poser continuellement des questions sur le monde qui l’entoure. Avant que celles-ci deviennent des œuvres, il les partage ensuite avec son entourage et ses amis, tout un réseau de personnes. J’ai conscience d’être une de ces personnes. Son travail s’alimente de toutes ces conversations et de ces points de vue. Cela lui ouvre souvent d’autres perspectives et interrogations : c’est une façon pour lui de questionner le regard. Cette problématique est pour lui fondamentale : qui regarde, qui est regardé, comment et d’où regarde-t-on. Mais aussi, de quelle manière nos regards sont renforcés par des biais de perception parfois inconscients.


DANIEL OTERO TORRES : Nos échanges me permettent d’orienter mon travail et mes réflexions.Comme l’évoquait Eduardo, il est essentiel pour moi de toujours me demander qui est celui qui regarde, et quel regard nous sommes en train de développer afin que cela s’incarne dans les oeuvres. Mon intention est seulement de soulever des questions, d’ouvrir le champ afin que le public puisse construire son propre regard critique. L’enjeu n’est pas de produire des œuvres qui reflètent mon regard personnel, mais que celles-ci proposent une vision plus vaste que la mienne, une vision globale, ou du moins multiple et ouverte, au sein de laquelle entre en jeu la subjectivité de celui qui regarde. Je ne souhaite rien imposer. Mes discussions avec Eduardo m’aident souvent à aller dans ce sens, à trouver un angle d’approche.


AL : POURRIEZ-VOUS REVENIR SUR L’ENSEMBLE DES COMBATTANTES RÉVOLUTIONNAIRES ET SUR SA GENÈSE ?


DOT : Au fil de mes recherches, j’ai rassemblé toute une iconographie de la lutte mêlant diverses régions du monde. Dès nos premières discussions pour l’élaboration de « Tierradentro » avec toi, Anaïs, l’idée de privilégier la représentation des combattantes s’est imposée. J’étais aussi très conscient du caractère délicat de travailler sur un tel thème depuis ma position : je ne voulais surtout pas m’approprier ces récits ou ces luttes, mais créer un lieu où celles-ci puissent apparaître, exister dans un espace commun, en lien avec notre époque. Eduardo, par sa connaissance de ces problématiques sur le terrain, m’a permis de me mettre à distance pour que l'oeuvre existe par elle-même.

EOT : Travailler sur les combats et les révolutions amène à se demander comment cette histoire fut racontée jusqu’à aujourd’hui. Comment les récits ont été orientés pour servir certaines narrations, par exemple, la lutte militaire comme une chose très sérieuse, une affaire d’hommes, où la participation des femmes est réduite à des tâches subalternes. Je crois que ce que fait Daniel ici, c’est également regarder au-delà de la lutte, regarder au-delà de ces représentations pour en montrer des aspects et des groupes qui ont été invisibilisés. Et les célébrer même. L’exposition est une commémoration de ces combattantes. Pour Daniel, l’histoire est cyclique. Il ne s’agit pas d’une répétition du même, mais d’un processus de transformation au sein duquel les luttes sont amenées à resurgir régulièrement, depuis différents lieux. Les questions de pouvoir, de visibilité, de discriminations se reposent continuellement. Cet esprit de révolution, de transformation se trouve à l'intérieur de chacun et chacune d'entre nous. Il nous faut le reconnaître et le célébrer.




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