Julien Creuzet
Mimosa Echard
Daniel Otero Torres

J’allai ce soir fumer une cigarette sur le sable au bord de la mer




PRESS RELEASE 
["I went to smoke a cigarette on the sand by the sea tonight"]

Collective show with Julien Creuzet, Mimosa Echard & Daniel Otero Torres.

Anne-Sarah Bénichou Gallery 
May 26-22 July, 2018. 

In French

Telécharger le dossier de presse


Dans le lointain, les premières impressions de Gauguin, au hasard et par désinvolture. Tahiti. Tehura. Le soleil mourant derrière Morea. Les envolées magnifiques, la banalité, le récit de voyage avant le vol.

Je me souviens. Des plongeons, oiseaux aux yeux rouge-vampire des profondeurs marines. Des perroquets du Nouveau Monde à longue rectrice renversée. Des pinsons des Galapagos puis de Darwin, de leurs becs qui muent en crochets vitaux, s'adaptent en temps de grandes famines, d'ouragans et de maigres butins. En une soudaine métamorphose, une dévoration devenue miraculeuse, de nouvelles créatures prêtes à être ingérées, laissant les plus minces affaiblies. Mutations délirantes des robes, peaux de cuivre contre peaux de plastique, et des perles de cultures en grigri d'un autre dieu. L'évolution, de la merveille au maladif.

Retrouver, au détour, la mémoire des émois de l'amour. L'attente tapie avant les désirs cramés. L'émerveillement dans l'obscurité encore illégale. L'éveil et les saisissements tus dans le chaos des effluves nouvelles, embruns et élixirs imprévus. Les effleurements, frottements, la peau électrique des pas de danses d'après la Révolution et des espoirs avant la pluie. Là où la forêt dite inexplorée rencontre l'Atlantique et le Pacifique, les jonquilles du Chocó conjurent les fantômes, et au passage, rencontrent des baumes apposés sur les corps qui demandent à être soignés.

Comment récupérer l'innocence des survivants et des temps révolus? En faisant un retour sur les récits intimes et sentimentaux, les amours et illusions perdues, suggèrent Julien Creuzet, Mimosa Echard, Daniel Otero Torres et la voix de Bronwyn Katz qui habite l’exposition. Et en plaçant, aussi, au centre de ces récits, le désir et l'excitation qui renaissent à l'évocation doucereuse des amants rêvés et conquis, des ancêtres de l'enfance, ou de figures héroïques chères à leurs cœurs. Le sentiment, le sensible deviennent alors résistance à la brutalité et aux déceptions du temps présent, aux rapports de pouvoirs et de puissances, à une séparation sans cesse réaffirmée des vainqueurs et des vaincus.

Trois copains de bricole amoureux d'objets perdus donnés, récoltés, trouvés ou offerts, tenus d'usage dans un régime de la consommation, se saisissent ici, de rebuts et d héros rejetés de l’histoire. Julien Creuzet ravive un imaginair des Caraïbes dans

des assemblages d'objets, de textes poétiques, de sons et d'images animées ou fixes étendus a une circulation de flux à l'échelle du monde et d'une réécriture tardive. Dans un registre personnel et sensuel, Mimosa Echard encourage les rencontres d'intentions et d'intensités, les analogies visuelles et sensorielles, le affinités électives de matériaux et de matières. Les débordements côtoient la retenue, le naturel le chimique, l'organique l'industriel, l'informe le populaire. À travers des dessins enchâssés, Daniel Otero Torres se remémore quant à lui, son grand-père artilleur dans l'armée colombienne, les luttes unifiées des guérillas marxistes au Salvador, ou encore la théorie de l'origine des espèces. Un attachement chimérique aux évènements et aux êtres.

À la loi du plus fort, ils substituent les transformations environnementales des non-humains, bêtes évolutives et plantes grimpantes, fleurs ovulantes à la sexualité primitive. La paix d'une relation au végétal et à l'animal de l'ordre de la fluidité, des fluides corporels indifférenciés, diffus et proliférant sans limite de corps et d'esprit - des gestes comme des hommages aux disparus, des offrandes sans autre rituel que celui de l'émotion sincère. Autant de narrations affectives et tortueuses agissant telles des amulettes quotidiennes gardées tout contre soi, ou oubliées à dessein dans les replis d'un vêtement quelconque pour en préserver la substance.

1. Phrase tirée du journal de Paul Gaugin, Noa Noa, voyage de Tahiti, édition originale 1901




Exhibitions




Texts




About



Anaïs Lepage is an independent curator and writer based in Paris.

Trained in Art History at the École du Louvre, in Museum Studies at the Université du Québec à Montréal (UQAM), and in Curatorial Studies at the Paris I Pantheon-Sorbonne University, Lepage multiplies experiences in France and abroad. She started at the Maison Rouge - Foundation Antoine de Galbert in Paris, at the Museum of Contemporary Art in Montreal and, alongside Guillaume Désanges, at the Verrière - Hermès Foundation in Brussels. Then, she worked as assistant curator at the Museum of Contemporary Art in Chengdu, the Museum of Modern Art in Paris, and the Louis Vuitton Foundation.

 With a fondness for collective dynamics, she co-founded the HEIWATA curatorial platform, based in Paris, Mexico City and Toronto, and participates in the queer and feminist writing  workshop How to SupPRESS Universty Writing led by Émilie Noteris. She has collaborated with AICA International, CNEAI, the Palais de Tokyo and the Cité Internationale des arts in Paris. Since 2019, she is teaching exhibition curating at the Sorbonne University. 

Her research focuses on the excesses and secrets of art history in connection with sensitivities and spiritualities as well as postcolonial, gender and feminist studies. She is particularly attached to words, forms and gestures generated outside of rationalist thinking  : drawing on occult and mystical sources; or being inspired by affective flows, emotions and the sentimental life. Practices that often cross issues of resistance, struggle, healing, and ecosystems preservation.

Deploying a holistic conception of curating, she question the forms of writing about art by shifting critical, fictional and intimate narratives in collaborations, performances and podcasts.
 
Infuenced by radical pedagogies, she begins a research on the  emotional labor in her positions of curator, teacher, and art worker. 

She has developed a particular interest in the artistic scenes of the Americas and the Caribbean, Scandinavia and South Africa.

︎

Anaïs Lepage est commissaire d’exposition indépendante, historienne de l’art et autrice.

Formée en histoire de l’art à l’École du Louvre, en muséologie à l’Université du Québec à Montréal et en études curatoriales à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, elle multiplie les expériences en France et à l’étranger. Elle débute à la Maison Rouge à Paris, au Musée d’art contemporain de Montréal et aux côtés de Guillaume Désanges à la Verrière – Fondation Hermès à Bruxelles. Elle s’investit ensuite en tant que commissaire assistante au Musée d’Art Contemporain de Chengdu en Chine, au Musée d’Art Moderne de Paris, et à la Fondation Louis Vuitton.

Affectionnant les dynamiques collectives, elle a cofondé la plateforme curatoriale HEIWATA, basée entre Paris, Mexico et Toronto, et participe à l’atelier d’écriture queer et féministe How to SupPRESS Universty Writing mené par Émilie Noteris. Récemment, elle a collaboré avec l’AICA International, le CNEAI, le Palais de Tokyo et la Cité Internationale des arts à Paris. Depuis 2019, elle enseigne le commissariat d’exposition à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Ses recherches portent sur les excès et les secrets de l’histoire de l’art en lien avec des sensibilités et des spiritualités ainsi que les études postcoloniales, de genre et féministes. Elle s’attache particulièrement aux mots, aux formes et aux gestes générés hors d’une pensée rationaliste : puisant dans des sources occultes et mystiques ; ou s’inspirant de flux affectifs, d’émotions et de la vie sentimentale. Des pratiques qui traversent souvent les questions de résistance, de lutte, de réparation, et de préservation des écosystèmes.

Déployant une conception holistique du commissariat, elle réfléchit également aux formes d’écritures sur l’art en déplaçant les registres critique, fictionnel et intime lors de collaborations, de performances et de créations radiophoniques.

Inspirée par les pédagogies radicales et engagées, elle commence une recherche sur le “travail émotionnel” à l'oeuvre dans les rôles de commissaire d'exposition, d'enseignante et de travailleuse de l’art.  

Au fil des rencontres et des projets, elle a développé un intérêt particulier pour les scènes artistiques des Amériques et des Caraïbes, Scandinave et d’Afrique du Sud.