Martin Chramosta
Kunstland Chronicles





Solo show
March 28 - April 19, 2018
Rinomina, Paris

French bellow


Combining sculpture, drawing, performance and at times musical pieces, Martin Chramosta uncovers ruptures and largely unknown cultural idiosyncracies. Searching for the gap while experimenting with conceptua thought, he uses heroic, artistic and vernacular tales in order to create unexpected syntheses of high and low culture. In the process, he produces objects from archaic to legendary character, which tend to form a Gesamtkunstwerk tinted with romantic imaginary as devious as skilfully cultivated.

Kunstland Chronicles” is an environment between the document and the narrative. It refers to a land art project which took place near Vienna in 2017. Chramosta and some students worked on an in situ sculpture, replaying conditions and actions of utopian artistic communities that flourished in the West in the first half of the 20th century. Kunstland is an artificial landscape and an exercise for the body and the mind. From the excavation of the mound to the meditative roundness, this gestural sculpture is meant to shape the collective consciousness. It can be realized in any place and be transferred into multiple dimensions.

This ideal resonates in the thoughts of the Erlebnispädagogik, or “experience based education”, an alternative and holistic learning method glorifying collective experience in a natural environment as a guarantee for personal development whose premises are to be found in the works of Aristotle, Jean-Jacques Rousseau and Henry David Thoreau. Thinking of Black Mountain College, the North Carolina-based art school founded in 1933 with its outdoor workshops, its earthworks, its multidisciplinary program.

From utopia to the realm of domesticity, from landscape to homeland, from the bucolic expanse of land itself to the fields sketching the outlines of a symbolic order : the sculptures and wall drawings are spread into space to offer an idea of the Kunstland never too far from the ornamental, the decorative and the furniture. An abstract representation of Switzerland composed of fuzzy motifs and figures with a cubist twist is getting away with evoking souvenirs of the kind that are used to decorate interiors of mountain chalets - while other works celebrate anecdotal archaic scenes and symbols.

Using the mechanisms of kitsch so beautifully described by Celeste Olalquiaga, these elements are the fetishes of a past experience accessible only by remembrance. These sensual reminiscences are addressed to the unconscious memory, they create «a bubble of time, a “aller-retour” to the mythical land, to the collective and to individual dreams. For a second, or perhaps a few minutes, there is an illusion of plenitude; it is an universe devoid of past or future1».

1 Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle, 2013, Editions Fages, Paris, p. 26


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Kunstland Chronicles
Feuille de salle & documentation 

Alliant sculpture, dessin, performance et parfois composition musicale, Martin Chramosta explore les ruptures et les extravagances culturelles méconnues. Associant une recherche de l’écart à une réflexion conceptuelle, il s'inspire d’histoires héroïques, artistiques ou vernaculaires pour créer des synthèses
inattendues entre culture populaire et élitiste. Les objets produits, choisis pour leur caractère désuet ou légendaire, composent souvent une oeuvre totale teintée d’un imaginaire romantiqu autant détourné que cultivé habilement.

Environnement entre le récit et le document, Kunstland Chronicles renvoie à un projet de land art mené aux abords de Vienne en 2017. Rejouant les conditions et les gestes des communautés artistiques utopiques qui fleurissent lors de la première moitié du XXe siècle en Occident, Chramosta et quelques étudiants se sont employés  à réaliser une sculpture in situ. Le Kunstland est un paysage artificiel et un excercice pour le corps et l’esprit. Sculpture gestuelle de l’excavation au monticule à la rondeur méditative, elle forme la conscience collective. D’ambition social et épurée, elle peut être réalisée en tout lieu au sol meuble et déclinée en de multiples dimensions.

Un idéal qui rejoint celui de la Erlebnispädagogik, ou « pédagogie par l’expérience », une méthode d’apprentissage alternative et holistique encourageant l’expérience collective dans un cadre naturel, gage d’un épanouissement de la personnalité dont les prémisses se retrouvent chez Aristote, Jean-Jacques Rousseau et Henry David Thoreau. Ou encore, l’enseignement du Black Mountain College, école d’art fondée en 1933 en Caroline du Nord, où des ateliers de travail de la terre et de construction en plein air se mêlaient à un programme pluridisciplinaire et expérimental.

Dérivant de l’utopie au domestique, du paysage au pays, de l’étendue bucolique terrain d’actions aux terres esquissant un état symbolique, les éléments de sculptures et dessins muraux répartis dans l’espace opposent une idée du Kunstland de l’ordre du trivial, du décoratif et de l’ornemental, voire même, du mobilier. Une représentation abstraite de la Suisse composée de motifs et de figures indistinctes aux accents cubistes évoque impunément ces « objets-souvenirs » de fabrication artisanale qui ornent certains intérieurs de chalets de montagne ; tandis que d’autres célèbrent des scènes anecdotiques de la vie champêtre.

Kunstland Chronicles est ainsi une fabrique de la fascination et de la nostalgie. Chramosta entretient un sentiment d’authenticité par la mise en scène de l'artificiel, de la répétition et de la distorsion : la texture des photographies d’archives est dénaturée et épuisée, le bas-relief de la Suisse inversé, le Kunstland devient module, modèle ou prototype de design pour intérieur bourgeois minimaliste dans un goût contemporain incertain.

Usant des ressorts du kitsch si joliment décrits par Céleste Olalquiaga, ces éléments constituent les fétiches d’une expérience passée accessible seulement par le souvenir. Ces réminiscences sensibles s’adressent à la mémoire inconsciente, elles aménagent « une bulle de temps, un ‹ aller-retour ›
pour le pays du mythe, des rêves collectifs ou individuels. Pendant une seconde ou peut-être quelques minutes, y règne une illusion de plénitude ; c’est un univers dénué de passé et d’avenir »*

1 Céleste Olalquiaga, Royaume de l’artifice: l’émergence du kitsch au XIXe siècle, 2013, Editions Fages, Paris, p. 26
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About



Anaïs Lepage is an independent curator, writer, art historian and lecturer.

Trained in art history at the École du Louvre, in museum studies at the University of Quebec in Montreal and in curatorial studies at the Sorbonne University, she has multiplied her experiences in France and abroad. She began at the Maison Rouge in Paris, at the Museum of Contemporary Art in Montreal, and alongside Guillaume Désanges at the Verrière - Hermès Foundation in Brussels. Then, she became involved as assistant curator at the Museum of Contemporary Art in Chengdu in China, at the Museum of Modern Art in Paris and at the Louis Vuitton Foundation.

With a fondness for collective dynamics, she co-founded the Heiwata curatorial platform, based in Paris, Mexico City and Toronto, and participates in the queer and feminist workshop How to Suppress Universty Writing led by Émilie Noteris. Recently, she has collaborated with AICA International, CNEAI, the Palais de Tokyo, the Cité Internationale des arts and the Drawing Lab in Paris. Since 2019, she is teaching exhibition curating at the Paris 1 Panthéon-Sorbonne University. 

Her research focuses on the excesses and secrets of art history linked to sensitivities and spiritualities as well as postcolonial, gender and feminist studies. She is particularly attached to words, forms and gestures generated outside of a rationalist thinking : drawing on occult and mystical sources; or being inspired by affective flows, emotions and the sentimental life. Practices that often cross issues of resistance, struggle, healing, and relationship to the living. She has developed projects with artists such as Madison Bycroft, Julien Creuzet, Ad Minoliti, and Daniel Otero Torres, among others.

Deploying a holistic conception of curating, she also reflects on the forms of writing about art by shifting the critical, fictional and intimate registers during collaborations, performances and podcasts.

Inspired by radical pedagogies, she began researching the “emotional labor” that operates in the positions of curator,  lecturer, and art worker.

Over the course of meetings and projects, she has developed a particular interest in the artistic scenes of the Americas and the Caribbean, Scandinavia and South Africa.

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Anaïs Lepage est curatrice indépendante, autrice, chercheuse et enseignante. 

Formée en histoire de l’art à l’École du Louvre, en muséologie à l’Université du Québec à Montréal et en études curatoriales à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, elle multiplie les expériences en France et à l’étranger. Elle débute à la Maison Rouge à Paris, au Musée d’art contemporain de Montréal et aux côtés de Guillaume Désanges à la Verrière – Fondation Hermès à Bruxelles. Elle s’investit ensuite en tant que commissaire assistante au Musée d’Art Contemporain de Chengdu en Chine, au Musée d’Art Moderne de Paris, et à la Fondation Louis Vuitton.

Affectionnant les dynamiques collectives, elle a cofondé la plateforme curatoriale HEIWATA, basée entre Paris, Mexico et Toronto, et participe à l’atelier d’écriture queer et féministe How to SupPRESS Universty Writing mené par Émilie Noteris. Récemment, elle a collaboré avec l’AICA International, le CNEAI, le Palais de Tokyo et la Cité Internationale des arts à Paris. Depuis 2019, elle enseigne le commissariat d’exposition à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Ses recherches portent sur les excès et les secrets de l’histoire de l’art en lien avec des sensibilités et des spiritualités ainsi que les études postcoloniales, de genre et féministes. Elle s’attache particulièrement aux mots, aux formes et aux gestes générés hors d’une pensée rationaliste : puisant dans des sources occultes et mystiques ; ou s’inspirant de flux affectifs, d’émotions et de la vie sentimentale. Des pratiques qui traversent souvent les questions de résistance, de lutte, de réparation, et de relation au vivant. Elle a ainsi développé des projets avec des artistes tels que Madison Bycroft, Julien Creuzet, Ad Minoliti, et Daniel Otero Torres, entre autres.

Déployant une conception holistique du commissariat, elle réfléchit également aux formes d’écritures sur l’art en déplaçant les registres critique, fictionnel et intime lors de collaborations, de performances et de créations radiophoniques.

Inspirée par les pédagogies radicales et engagées, elle commence une recherche sur le “travail émotionnel” à l'oeuvre dans les rôles de commissaire d'exposition, d'enseignante et de travailleuse de l’art.  

Au fil des rencontres et des projets, elle a développé un intérêt particulier pour les scènes artistiques des Amériques et des Caraïbes, Scandinave et d’Afrique du Sud.
 



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